Tournon d'Agenais (47) et ses martyrs - 3 juillet 1944
A son retour, vers 10 heures 30, la voiture qui précédait celle conduite par CHAUVIN s'arrêta à 150 mètres du croisement des routes Agen/Fumel et Villeneuve/Cahors, pour inspection des lieux et assurer la sécurité du groupe à ce croisement dangereux. A ce moment là, une auto-mitrailleuse précurseur d'une importante colonne allemande (une centaine de véhicules, 1500 hommes environ), faisant partie de la division de réserve Panzergrenadiers das Gespent (Le Fantôme), déboucha au carrefour du foirail, venant de la direction de Cahors. Les occupants de l'auto-mitrailleuse apercevant le groupe, stoppèrent et ouvrirent le feu sur les maquisards, qui, malgré l'effet de surprise s'égaillèrent dans les champs et jardins voisins. Bien qu'inférieurs en nombre et en armes nos amis ripostèrent vigoureusement, combattant en terrain dénudé et sans abris. Cernés de toutes parts, ils devaient l'un après l'autre être victime de leur héroïsme. Le combat n'était pas encore terminé lorsqu'un camion d'un de nos groupes VENY, revenant d'une expédition au château de la Couronne, près d'Agen, cantonnement d'une unité de G.M.R., fit irruption. Cette expédition réussie, avec l'aide du camarade SOLA, avait pour but la récupération d'armes et de munitions. Le motocycliste précurseur tombé aux mains des allemands, dans les virages du haut de la côte, n'avait pu prévenir les occupants du camion. Pris à partie, le camion stoppa, ses dix-sept hommes en descendirent et le combat recommença. Pendant 2 heures environ, nos camarades tinrent tête aux assaillants, rendant coup pour coup, organisant méthodiquement leur retraite, déployant un courage et un mépris du danger surhumains. Mais les allemands se sont déployés et au bout d'une heure et demie, l'encerclement de Tournon sera complet. Le groupe des maquisards s'est divisé en deux ; une partie a pu fuir vers la vallée du Boudouyssou ; l'autre partie a été dispersée et à bout de munitions s'esquive, qui dans les blés, qui dans les maisons du Bourg, voire dedans les citernes. La voiture qui précédait celle conduite par CHAUVIN s'arrêta à 150 mètres du croisement des routes Agen/Fumel et Villeneuve/Cahors, pour inspection des lieux et assurer la sécurité du groupe à ce croisement dangereux.
Les allemands sont irrités et ne comprennent pas cette résistance. Presque tous les camarades du groupe Fournié ont été abattus. Aucune perte à déplorer parmi le commando venant de la Couronne, sauf quelques blessés légers. Du côté des allemands, quatre des leurs descendus par les rafales du F.M. et des mitraillettes et immédiatement camouflés dans un camion fermé. Il est vraisemblable qu'ils eurent d'autres blessés. Leur stationnement à Tournon n'ayant duré que quelques heures, il a été difficile d'obtenir de plus amples renseignements. C'est avec surprise que des amis reconnurent dans la colonne allemande un milicien de Fumel jouant au stratège, indiquant les emplacements et la topographie des lieux. FOURNIÉ et TESTUT faits prisonniers sont interrogés, torturés, criblés de coups. Avec un stoïcisme admirable, ils opposent un mutisme complet à toutes les questions.
Afin de les inciter à parler, FOURNIÉ et TESTUT, amenés devant les otages seront fusillés vers 15 heures. Mais personne ne bouge. Là encore les Français se sont montrés courageux, ils ont choisi la mort plutôt que la trahison et le déshonneur. Ne trouvant plus personne et n'ayant pu attraper les survivants de la lutte, lassés de leur impuissance à connaître la vérité, après une dernière menace, la colonne s'ébranla aux environs de 16h30 vers Villeneuve/Lot où elle séjourna jusqu'au 21 juillet 1944. Et ce sera comme à Monbalen quinze jours plus tôt, la triste et affligeante corvée d'inhumer les corps, d'avertir les parents, les familles, avec tout ce qu'elle comporte de larmes, de cris déchirants, de stupeur et d'anéantissement. Du P.C. de Cuzorn, dès qu'il put être averti, une forte patrouille fut envoyée vers Tournon afin de venir en aide aux camarades interceptés. Lorsqu'elle arriva, l'ennemi avait repris la route de Villeneuve. |


